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SpacetimeDB 2.0 : quand une base temps réel vaut le coup

SpacetimeDB 2.0 exécute la logique d'application dans la base et pousse les changements aux clients. Ses preuves, sa licence, la loi 25 et quand s'en passer.

Votre application doit-elle se mettre à jour toute seule à l’écran? Si oui, la réponse qu’on entend est « il vous faut une base temps réel ». C’est une hypothèse naturelle, et elle coûte cher quand elle est fausse. SpacetimeDB 2.0, sortie en février 2026, est l’exemple parfait pour la tester.

Cet article explique ce que cette base fait, ce qu’elle a prouvé, pourquoi aucun marché d’affaires n’en a encore été bousculé, ce que sa licence permet et ce qu’une entreprise québécoise doit garder en tête. Le fil conducteur : choisir d’après la fréquence des écritures, car l’impression de « direct » que donne l’écran ne dit rien du moteur qu’il faut. Appelons l’erreur le temps réel par réflexe.

Ce que fait SpacetimeDB : la logique vit dans la base

Une base de données conventionnelle range l’information. Votre serveur applicatif, lui, décide quoi en faire, et vos clients (navigateur, téléphone) viennent chercher le résultat ou reçoivent un signal.

SpacetimeDB met le code de l’application à l’intérieur de la base elle-même. Vous écrivez des modules serveur, en TypeScript entre autres, la base les exécute, et les clients abonnés reçoivent chaque changement au moment où il se produit. Le serveur reste le juge : si deux utilisateurs touchent la même ligne au même instant, une seule transaction gagne. Logique et données se déploient en une seule pièce, ce qui compte pour une simulation ou pour des écritures qui se disputent la même ligne (dépôt officiel, v2.11.0).

La version « 2.0 » est sortie le 20 février 2026 sous l’étiquette v2.0.1. La plus récente, la v2.11.0, date du 7 octobre 2026. La série 2.x a ajouté des modules serveur TypeScript stables, des lectures limitées à l’identité de l’utilisateur (les « vues »), un service de connexion basé sur OpenID Connect, et, depuis la v2.8.1, un point d’accès pour que des agents IA appellent directement les fonctions de la base (notes de version de l’éditeur).

Ce qu’elle a prouvé : les jeux

Les preuves en production viennent des jeux. Selon un reportage spécialisé, les charges de travail documentées viennent surtout de l’éditeur lui-même, Clockwork Labs : son jeu BitCraft, des clients non nommés qui exploitent plusieurs bases séparées, et ses propres tests de performance (runtimewire.com). Ces tests sont contestés, et l’éditeur a concédé une partie de la critique (analyse de ses tests).

Hors jeux, nous avons trouvé des projets modestes à code source ouvert : une surcouche pour diffuseurs en direct, une suite de notes universitaire, un espace de travail où des agents IA sont des utilisateurs, un gestionnaire de collection de cartes. Aucun produit commercial hors jeu n’est apparu en trois recherches. Une absence après trois recherches n’est pas une preuve d’absence, mais c’est le signal le plus honnête qu’on puisse donner.

Le dépôt officiel affirme que la base convient aux applications courantes, aux outils collaboratifs, aux tableaux de bord et au clavardage. C’est l’affirmation de l’éditeur, sans exemple d’adoption derrière. Un développeur qui a livré un jeu dessus écrit que, pour plusieurs usages SaaS et collaboratifs, Convex, un concurrent, « peut honnêtement être le meilleur choix » (témoignage non vérifié).

Pourquoi elle n’a encore bousculé aucun marché

Quatre raisons. La première est notre lecture; les trois autres reposent sur des faits cités.

  1. Le gain est étroit. La base rend plus facile une seule classe de systèmes : un état partagé qui change souvent, avec le serveur comme arbitre. Une file d’attente ou un tableau de statut qui bouge quelques fois par minute n’en tire rien de plus que ce que vos outils actuels font déjà.
  2. Les limites sont structurelles. Voir le tableau ci-dessous.
  3. La licence exclut le produit vendu à plusieurs clients. Plus bas.
  4. Le financement du fournisseur est à surveiller. Environ 26,3 M$ levés au total, la dernière ronde trouvée (22 M$, série A) remontant à juin 2022 (Tracxn). Un rapport indique que son concurrent le plus proche a levé 57 M$ en août 2026.

Les limites à connaître avant de choisir

LimiteCe que nous avons trouvé
Un fil d’exécution par baseUn seul verrou global par base; le code de vos modules s’exécute dedans. Des sources concordantes.
Données en mémoire viveToutes les tables vivent en RAM; la mémoire fixe la taille maximale. Le journal des écritures est vidé sur disque de façon asynchrone.
Stockage au-delà de la RAMPromis par l’éditeur pour le 31 octobre 2026, pas encore livré.
Écritures hors ligneNous n’en trouvons aucune mention dans la documentation ni dans les références du client. Une seule source, à vérifier avant tout projet mobile.
Sauvegardes en auto-hébergementAucune procédure décrite dans la documentation que nous avons lue.
Version minimaleLes notes de version signalent une faille d’usurpation d’identité corrigée à la v2.10.0 et un bogue de durabilité corrigé à la v2.9.0. Visez la v2.10.0 ou plus.

Les notes d’un gabarit de déploiement communautaire ajoutent trois mises en garde : conservez le volume de données et les clés de signature, sinon chaque identité émise cesse de fonctionner; un journal plein refuse les écritures; et un nœud nu n’authentifie personne, si bien que quiconque trouve l’adresse pourrait y publier un module. C’est un témoignage de communauté, pas la documentation de l’éditeur.

Documentation et notes de version se contredisent aussi sur la stabilité de certaines fonctions, les procédures et les vues. Testez ce dont vous dépendez sur la version que vous comptez épingler.

La licence : une instance en production, pas de service de base de données

SpacetimeDB est publiée sous Business Source License 1.1. L’usage est permis, en traduction libre, à condition que votre application « n’utilise pas plus d’une instance SpacetimeDB en production » et que vous n’utilisiez pas l’œuvre « pour un service de base de données ». Ce service est défini comme une offre commerciale où des tiers créent des tables dont ils contrôlent le schéma. Le 15 septembre 2031, la licence se convertit en GNU Affero GPL v3, avec une exception de liaison.

Le mot « instance » n’est pas défini. La foire aux questions précise que chaque base exécute une instance indépendante de votre module et que plusieurs bases peuvent tourner sur un même serveur. Compte-t-on les processus ou les bases? La question reste sans réponse et seul l’éditeur peut la trancher.

Notre lecture, qui n’est pas un avis juridique : une application pour votre propre entreprise, ou un système bâti pour un seul client sur sa propre instance, entre dans la licence. Une instance par client, ou un hébergement offert à d’autres développeurs, n’y entre pas. Si vous vendez un produit à plusieurs clients, faites valider la licence par un avocat ou obtenez une réponse écrite de l’éditeur avant d’écrire une ligne de code.

Quatre questions pour savoir si une base conventionnelle suffit

Plusieurs personnes écrivent-elles dans le même état plusieurs fois par seconde? Le serveur doit-il trancher des écritures concurrentes dans une seule transaction (une mise aux enchères, le dernier siège)? Une horloge côté serveur doit-elle faire avancer l’état, comme dans une simulation? Chaque utilisateur doit-il voir seulement sa tranche des données?

Si aucune de ces situations ne décrit votre besoin, restez sur ce que vous avez. Si une ou plusieurs s’appliquent, et que vos utilisateurs sont connectés, un banc d’essai de SpacetimeDB se justifie. Les enchères en direct en sont un exemple réel : une mise est une écriture contestée et l’heure de clôture est une ligne planifiée.

Votre besoinCe qu’il faut regarder d’abord
Un tableau qui change quelques fois par minuteSupabase Realtime, libre. Réglages par défaut auto-hébergés : 500 événements par seconde, 1 000 utilisateurs par canal
Modifications d’employés sur le terrain, sans signalUn moteur de synchronisation (Zero, ElectricSQL, PowerSync), conçus pour le hors ligne. Zero affiche 30 $, 300 $ ou plus de 1 000 $ par mois
Application collaborative ordinaire vendue à plusieurs clientsConvex : licence plus souple, convertie en Apache après deux ans, auto-hébergeable, 25 $ par développeur par mois
De petites salles en direct sur CloudflareCloudflare Durable Objects, facturés à l’usage

Le hors ligne est le disqualifiant silencieux. Un téléphone dans un entrepôt ou à la porte d’un événement sans bon signal doit écrire d’abord et se synchroniser ensuite. C’est le travail d’un moteur de synchronisation; cette base ne l’offre pas.

Ce que le Québec ajoute : la loi 25 et l’article 17

L’article 17 de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé exige une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée et une entente écrite avant de communiquer des renseignements personnels à l’extérieur du Québec. Une autre province compte comme l’extérieur (Commission d’accès à l’information). L’article impose un test d’équivalence et n’interdit rien.

Le service hébergé de SpacetimeDB soulève un problème précis. L’éditeur est une société du Delaware, sa politique de confidentialité date de 2023 et ne nomme aucune région d’hébergement (politique de confidentialité). Nous n’avons trouvé aucun énoncé sur l’emplacement des données hébergées. Pour tout projet qui touche des renseignements personnels, le service hébergé veut dire une évaluation par projet.

Un serveur que vous exploitez au Québec évite cette évaluation pour ce flux. Ça ne règle que l’article 17, et la charge change de main : mises à jour, sauvegardes, clés et surveillance deviennent les vôtres, dans une base dont la documentation ne décrit pas de procédure de sauvegarde. Un serveur à Toronto ne vous aide pas, puisqu’il est hors Québec.

Côté hébergé, les paliers affichés en dollars sont : gratuit (2 500 crédits par mois, environ 3 millions d’appels, pause à l’inactivité), 25 $ par mois (100 000 crédits, réplication, sauvegardes ponctuelles gardées 7 jours), 250 $ par mois (nœud dédié, sauvegardes gardées 30 jours), puis un prix par nœud. L’éditeur appelle cette grille une bêta, sujette à changement (page des prix).

Le principe à retenir

Choisissez votre base d’après la fréquence des écritures et la question de savoir qui tranche les conflits. L’impression de direct ne compte pas. Un tableau qui bouge quelques fois par minute se contente d’une base conventionnelle, et un téléphone sans signal exige un moteur qui écrit hors ligne.

Si vous hésitez entre deux bases pour un projet réel, la première consultation est gratuite : écrivez-nous.

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